Avant tout, au premier tour, les électeurs tentés par un vote à la gauche de la gauche ou un vote Bayrou "de gauche" devraient prendre en compte le risque que comporte une dispersion trop forte des voix de gauche. La menace Le Pen n'est pas feinte ; ce dernier peut, rappelons-le, être devant Bayrou (les enquêtes d'opinion ne sont absolument pas fiables sur ce point).
On peut regretter cette configuration, mais il est un fait que 2002 a signé la fin (au moins temporaire) de la logique jusque là prédominante de l'élection présidentielle : "au premier tour on choisit, au deuxième tour on élimine". Aujourd'hui, le choix du premier tour doit porter sur un programme cohérent et structurant, mais aussi s'opérer d'emblée dans la perspective de l'élimination de Sarkozy. Et au fond, la démocratie, la responsabilité de l'électeur, c'est cela aussi, c'est dire ce qu'on veut, mais aussi dire ce qu'on refuse. Il ne s'agit pas de faire du "chantage", mais simplement de dire que le choix électoral doit prendre en compte la situation dans laquelle il s'effectue – or la situation présente est particulièrement tendue.
En outre, l'argument qui voit en Bayrou "celui qui peut battre Sarkozy", et qui viserait à le faire bénéficier du "vote utile", est particulièrement vicié. Il ne s'appuie que sur des sondages de second tour, faits 2 ou 3 mois avant celui-ci, alors que les électeurs sont plongés dans l'incertitude et commencent à peine à connaître les principaux candidats et leurs programmes. Ces sondages ne veulent strictement rien dire, et pas seulement parce que jamais Bayrou n'a été placé - par les mêmes sondages - en position d'accéder au second tour. C'est ce genre de sondages qui mesurent un futur vote Coluche ou un futur vote Hulot, ou qui avant la campagne mettaient le "oui" au TCE à 60%. Au manque de fiabilité incontesté de l'exercice, ils rajoutent l'effet de fantasme, le "pourquoi pas" qui mesure non une intention, mais la découverte d'une probabilité amusante. L'opinion non construite et non informée ne mesure que l'imbécilité de la question.
Ainsi, Ségolène Royal est la mieux placée pour constituer un front anti-Sarkozy efficace au second tour. Pour une raison simple qui tient aux positions des uns et des autres : Royal peut, dans une dynamique de second tour, rassembler toute la gauche et en même temps capter ceux des électeurs bayrouistes qui veulent avant tout battre Sarkozy, et voteront donc (au moins en majorité) Royal.
Mais François Bayrou ne pourra, lui, rassembler autant : s'il peut rassembler son électorat du centre, et peut-être une partie de l'électorat PS, sa position structurellement plus à droite que Royal lui interdit un rassemblement vaste de la gauche, non seulement de la gauche de la gauche, mais aussi d'une partie de l'électorat PS.
En outre, contrairement aux apparences, la mobilisation anti-Sarkozy ne sera pas l'élément crucial du second tour ; si beaucoup d'électeurs et de militants détestent l'homme ou son programme, ce sentiment est très loin d'être majoritaire : l'effet repoussoir n'est pas suffisant. C'est donc le rassemblement de la gauche autour d'un projet de société cohérent, plus que le "tout contre Sarkozy", qui devient condition indispensable de la victoire : c'est ce qui fera la différence dans un deuxième tour qui s'annonce très serré face à un électorat sarkozyste fortement mobilisé.
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1 Par MamboJoel, le 19/04/07, 15:40
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