Pourtant il ne peut y avoir d'ordre, dans une démocratie et ailleurs, que parce qu'il repose sur des règles acceptées et considérées comme juste par tous. Nous ne sommes plus au temps du paradoxe pascalien - ne pouvant faire que la justice fut forte, on fit que la force fut juste. Il ne sert à rien de se lamenter sur la "crise de l'autorité" et autres conneries, et encore moins de râler contre 68, qui a fait disparaitre le beau temps d'avant où chacun était à sa place. Croire que la répression seule remettra les délinquants dans le droit chemin est tout aussi illusoire. La seule chance, c'est de refonder l'ordre en faisant accepter ses prérequis par tous.

Pendant les émeutes de banlieues, alors que la presse entière se remplissait d'imprécations dénonçants les voyous qui brûlaient les voitures des pauvres, ceux dont les voitures brûlaient - comme la très grande majorité des habitants - condamnaient les débordements mais disaient pourtant comprendre ce qu'il se passait. A ceux qui acceptent tous les jours leur condition et les contraintes d'une vie à la qualité dégradée, la révolte, même tournée contre leurs intérêts directs, semble légitime parce qu'elle se heurte au fondement de l'injustice.

Parler d'ordre juste, c'est affirmer la nécessaire refondation d'un contrat social ; il ne suffit pas de glapir qu'on fera la différence entre les bons et les méchants, entre les méritants et les autres, il faut réexpliquer l'intérêt de la sanction, rendre plus claires et plus logiques les enchaînements des peines et donner une vraie seconde chance aux délinquants plutôt que de les enfermer dans le crime. Pas de justice, pas de paix selon le slogan du MIB, cela veut dire que la société a intérêt à aborder franchement les questions de justice et d'égalité des chances, le rôle de la police dans les quartiers et autres facteurs contrôlables de tension.

Ce n'est pas de l'angélisme : la brutalité désordonnée de la BAC n'apporte aucune sécurité sur le long terme. Un ordre qui se contente de punir chaque fois plus durement les rares délinquants qui se font prendre n'est ni juste, ni efficace. La question de la peine, de sa proportionnalité ne peut être toujours abordée du point de vue de la vengeance et de l'exemplarité idiote, ou du côté de la victime et jamais, finalement, du côté de la société. Or, que je sache, l'allongement des peines n'a jamais eu le moindre effet dissuasif, le seul intérêt étant de retirer de la circulation, temporairement, des délinquants qui sortiront toujours plus violents (sur la politique pénale du ministre de l'intérieur Sarkozy qui a annexé le garde de sceaux, voir le blog de Barella - partisan, forcément, mais argumenté).

Ce qui fonde l'ordre - et en particulier dans la perspective des incivilités - c'est le désir de vivre ensemble et de s'accorder sur des règles à partager. Ensuite viennent les sanctions, et comme le propose Royal, plus la justice agira de façon rapide et proportionnée, plus la société y gagnera.