Premier groupe ministériel : la droite non-sarkozyste, de tradition chiraquienne ou juppéiste. De façon surprenante seulement en apparence, c'est elle qui occupe la majorité des postes : Juppé, MAM, Darcos, Bachelot, Lagarde, Albanel, Woerth, Bussereau, et dans une certaine mesure Boutin. Un cas un peu à part, tant ses louvoiements donnent le vertige : Borloo, mais on peut de toute façon compter sur la technocratie juppéiste (Woerth aux "comptes publics") pour cadrer son enthousiasme macroéconomique. Globalement donc, à rebours des discours exaltés sur la "planète Sarkozy" (cf la une surréaliste du Point cette semaine), l'infrastructure de ce nouveau gouvernement s'inscrit directement dans la tradition RPR, dans une répartition des postes très classique. Tranquille effectivement, la "rupture"... Mais, me dira-t-on, et les autres alors ? Et cette déferlante de comètes sarkozystes et de socialistes convertis ? Voyons voir.
Deuxième groupe donc : les sarkozystes "pur jus". Assez peu finalement, mais non des moindres : Pécresse, Hortefeux, Dati, Bertrand, Karoutchi. La nomination de Dati à la justice relève, reconnaissons-le, d'une stratégie de communication très habile, mais n'oublions pas que la malheureuse nouvelle garde des Sceaux va se retrouver coincée entre MAM et Hortefeux, et risque de devoir bientôt transformer l'intitulé de son ministère en "ministre des programmations immobilières carcérales". Ce qui nous amène à Hortefeux. Ah, Hortefeux... les mots manquent pour définir l'ampleur politique du personnage, on pourrait peut-être dire qu'il sera à Sarkozy ce que Pandraud était à Pasqua : un exécuteur des basses oeuvres particulièrement zélé et talentueux. Le ministère de la basse police que vient de lui confier le Président est à la hauteur de l'homme, et permettra à d'autres ministres de garder les mains propres quand on en viendra en choses sérieuses en matière de politique migratoire. Mais au moins peut-on lui concéder une compétence certaine quant aux tâches qu'il va devoir accomplir. En contrepoint, la nomination de Pécresse à l'enseignement supérieur et à la recherche apparaît pour le moins farcesque. Je ne commenterai pas sur ce point, je préfère attendre avec impatience la façon dont cette experte internationalement reconnue du monde universitaire va mener les réformes promises.
Reste le troisième groupe : les fameux convertis, aspirés irrésistiblement par la force d'attraction de la planète Sarkozy. En fait, les plats de lentilles offerts aux ralliés se concentrent essentiellement sur le secteur défense/politique étrangère : Kouchner-Jouyet, et Morin. Pauvre Morin, seul UDF rescapé alors qu'était promis un paradis gouvernemental pour ceux qui ont eu le courage de trahir leur engagement de plusieurs années en quelques coups de fil. Mines défaites des conspirateurs dupés... Quant au cas Kouchner (le problème Jouyet est assez marginal, d'autant plus qu'il est proche de Sarkozy depuis quelques années déjà) : ne nions certes pas les qualités de l'homme, mais il est fort à craindre que son goût de la communication ne se retourne très rapidement contre lui, en le transformant en tête de gondole sympa d'une politique étrangère qui va se décider uniquement, cela a été dit clairement, à l'Elysée (idem d'ailleurs pour la défense). Belle rupture, là encore. Mais le plus beau et le plus exaltant reste quand même le fabuleux destin d'Eric Besson, qui, après avoir frôlé la délégation interministérielle à l'entretien de la coque du Paloma, décroche un poste ministériel décisif : secrétaire d'Etat à la prospective. Nul doute que son caractère visionnaire et son tempérament décidé sauront dessiner l'avenir de la France pour les décennies à venir.
Au-delà des aspects comiques, tout cela laisse effectivement un sentiment de confusion, entre l'infrastructure de la continuité RPR et l'ajout par-dessus de nominations pulsionnelles et médiatiques. En fait, la composition de ce gouvernement-pétaudière laisse déjà entrevoir les limites de la stratégie spectaculaire de notre nouveau Président, créatrice de désordre et d'incohérence. Mais l'éclatement prévisible de cette stratégie est tout autant à craindre, car il laissera alors la place à la réalité brutale de la politique sarkoyste.
Commentaires
1 Par Martin P., le 18/05/07, 14:39
2 Par theo, le 18/05/07, 14:47
3 Par paperless, le 18/05/07, 14:59
4 Par Lau, le 18/05/07, 15:27
5 Par Héloïm Sinclair, le 18/05/07, 16:14
6 Par Chicos, le 18/05/07, 17:04
7 Par theo, le 18/05/07, 17:37
8 Par quidam, le 18/05/07, 17:56
9 Par MarQ, le 18/05/07, 20:55
10 Par mc, le 18/05/07, 23:46
11 Par jira?, le 19/05/07, 11:18
12 Par mj, le 19/05/07, 12:46
13 Par Guillermo, le 19/05/07, 13:25
14 Par avner, le 19/05/07, 14:46
15 Par Marie, le 20/05/07, 01:16
16 Par pierre, le 20/05/07, 13:14
17 Par Laurent Weppe, le 22/05/07, 01:34
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